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Européen, Pierre Oschinsky (1922-2002), mon père, l’était. Forcément.

03.03.1922
Original language : French

Marc Oschinsky, ancien de l’école européenne (Bxls I), est journaliste essayiste belge. Il évoque son père. Rescapé des camps, Pierre Oschinsky, entre à l’Euratom en 1960. Marc se souvient du récit de l’évasion de son père pendant les marches de la mort.

« Pendant près de 30 ans, mon père traduira des textes. Pour la Commission. Pour toutes sortes de Directions générales. Il finira à la Culture. Gamin, les quelques fois où je pouvais l’accompagner dans son bureau, c’était jour de fête. Je ne comprenais pas très bien en quoi consistait son travail, ni à quoi il servait. Il m’emmenait à la cafétéria boire un chocolat chaud, puis me présentait à ses collègues. Des gens de sa génération. Des gens qui trouvaient normal de travailler ensemble, même s’ils venaient tous de pays différents.

Avant de quitter Les Communautés, comme on disait encore, il a eu droit à un stage pour préparer sa retraite. Il s’est donc retrouvé avec des gens de son âge, qu’il ne connaissait pas. Dont un Allemand. Curieux de tout, il a commencé à lui parler. À lui demander où il était en 1942, quand lui était à Dachau. "Moi ? J’étais sur le front de l’Est". Et le survivant des camps et le survivant de l’hiver russe se reconnurent comme ce qu’ils étaient : deux rescapés qui avaient perdu leurs 20 ans à cause de la folie de quelques-uns.

Quelques années plus tard, mon père avait décidé de me raconter sa guerre (...) de me parler de son évasion. Du canon russe qu’on entendait tonner à l’horizon. Des gardes nazis qui forçaient les détenus à marcher vers l’ouest pour éviter que l’Armée Rouge ne les libère. De la façon dont il a profité d’un instant d’inattention des gardiens pour s’échapper et se cacher dans un champ de blé. Il parlait de plus en plus fort. Il était de plus en plus animé.
Je commençais à me sentir un peu gêné. Puis, je me suis dit, mon père revit un des jours les plus importants de sa vie, il peut bien y mettre toutes les intonations qu’il veut. »

Cette histoire fait partie du projet éditorial « L’Esprit de Rome ». C'est le récit d'un idéal de paix, à travers l'histoire de la première génération de fonctionnaires européens. Contée par leurs enfants, c'est l'histoire de celles et ceux qui ont été les chevilles ouvrières de l’Europe.

Marc Oschinsky, ancien de l’école européenne (Bxls I), est journaliste essayiste belge. Il évoque son père. Rescapé des camps, Pierre Oschinsky, entre à l’Euratom en 1960. Marc se souvient du récit de l’évasion de son père pendant les marches de la mort.

« Pendant près de 30 ans, mon père traduira des textes. Pour la Commission. Pour toutes sortes de Directions générales. Il finira à la Culture. Gamin, les quelques fois où je pouvais l’accompagner dans son bureau, c’était jour de fête. Je ne comprenais pas très bien en quoi consistait son travail, ni à quoi il servait. Il m’emmenait à la cafétéria boire un chocolat chaud, puis me présentait à ses collègues. Des gens de sa génération. Des gens qui trouvaient normal de travailler ensemble, même s’ils venaient tous de pays différents.

Avant de quitter Les Communautés, comme on disait encore, il a eu droit à un stage pour préparer sa retraite. Il s’est donc retrouvé avec des gens de son âge, qu’il ne connaissait pas. Dont un Allemand. Curieux de tout, il a commencé à lui parler. À lui demander où il était en 1942, quand lui était à Dachau. "Moi ? J’étais sur le front de l’Est". Et le survivant des camps et le survivant de l’hiver russe se reconnurent comme ce qu’ils étaient : deux rescapés qui avaient perdu leurs 20 ans à cause de la folie de quelques-uns.

Quelques années plus tard, mon père avait décidé de me raconter sa guerre (...) de me parler de son évasion. Du canon russe qu’on entendait tonner à l’horizon. Des gardes nazis qui forçaient les détenus à marcher vers l’ouest pour éviter que l’Armée Rouge ne les libère. De la façon dont il a profité d’un instant d’inattention des gardiens pour s’échapper et se cacher dans un champ de blé. Il parlait de plus en plus fort. Il était de plus en plus animé.
Je commençais à me sentir un peu gêné. Puis, je me suis dit, mon père revit un des jours les plus importants de sa vie, il peut bien y mettre toutes les intonations qu’il veut. »

Cette histoire fait partie du projet éditorial « L’Esprit de Rome ». C'est le récit d'un idéal de paix, à travers l'histoire de la première génération de fonctionnaires européens. Contée par leurs enfants, c'est l'histoire de celles et ceux qui ont été les chevilles ouvrières de l’Europe.

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